Introduction à l’univers des Hibraines.

Je ne suis pas du genre à croire aux petits hommes verts ou gris et j’ai même tendance à me montrer très sceptique face à n’importe quelle théorie qu’on voudra bien avancer sur leur existence. Oui, je sais, cela peut paraître paradoxal pour une auteur de science-fiction, j’ai néanmoins tendance à m’appuyer sur les faits et à jouer les saint Thomas dès qu’on tente de m’entraîner sur cette pente très glissante. Il y a eu des antécédents, et pas des moindres, d’écrivains de SF suffisamment persuadés de l’existence des petits gris pour franchir la ligne. Un nom doit tout de suite vous venir à l’esprit en lisant ces mots, je l’imagine sans peine.
Voilà pourquoi, lorsque je suis tombée sur le site d’Andrew Collins et sur son article concernant les Veilleurs (ou Nephilîm), l’alerte rouge a tout d’abord résonné à mon oreille. J’ai lu avec circonspection l’article disponible à cette adresse : www.lejardindeslivres.fr/eden.htm.

Au départ, il faut savoir que je faisais juste des recherches pour préparer un cours sur les héros d’hier et d’aujourd’hui. Comme mes élèves me bassinent avec 2012, j’avais envie de parler du Déluge et j’avais donc entamé des recherches sur Noé et Deucalion. Au détour de la toile, je tombe donc sur le site de Collins. Je lis. Certains éléments me paraissent troublants, intéressants, en tous cas et j’ai envie de poursuivre les recherches. Mon détecteur de petits gris virtuels ne s’est pas éteint pour autant.
Je parviens à trouver sur le site d’une grande librairie en ligne le livre de Collins (en fait, comme une cruche, je l’achète même deux fois, car il a été publié en France sous deux titres : À la recherche du Jardin d’Eden et Nos ancêtres les Anges.) En parallèle, je mène d’autres recherches sur Göbekli Tepe, un site archéologique en Turquie, mais aussi sur Urfa (Edesse), ville que je connais bien pour l’avoir fréquentée, si je puis dire, pendant mes recherches sur la Première Croisade. Je confronte, dissèque, analyse, comme j’ai appris à le faire depuis la fac et même bien avant pour me faire une opinion. J’attends aussi Collins au tournant en me disant qu’à un moment donné, il va me sortir THE grosse ânerie et que je vais pouvoir l’envoyer bouler, lui et toutes ses théories « fumeuses » sur ses Veilleurs.
Problème : je n’arrive pas à prendre le bonhomme à défaut. Pire, mes recherches parallèles sur Deucalion, Prométhée et toute la clique du Déluge, tendraient à prouver que le bonhomme ne dit pas n’importe quoi. Encore pire : plus je lis les mythes à l’aune de ce que prétend ce monsieur, plus certaines choses me paraissent terriblement logiques.
Je l’admets volontiers : je suis loin, très loin, d’avoir les connaissances archéologiques et peut-être historiques pour voir les grosses ficelles. Je veux bien volontiers reconnaître que Collins sait présenter ses théories et les mettre en scène. Vous pouvez vous amuser à démonter ses hypothèses, cela me paraîtra même rassurant.
Seulement voilà, depuis mon adolescence, j’ai remarqué des ressemblances troublantes entre les mythes à travers la planète et je doute être la seule dans ce cas. Il n’est guère compliqué de comparer Gilgamesh et Hercule, mais Viracocha et Osiris, je n’avais pas vraiment fait le rapprochement. Je suis aussi limitée dans ma réflexion au fait que je ne connais que les légendes d’Occident et que tout le pan oriental me fait défaut. Donc soit celui-ci dénie complètement les allégations de Collins, soit au contraire il les maintient effrontément debout.

Je continue à creuser, mettant en parallèle (et en opposition) les propos de Collins sur Machu Pichu, l’Altiplano, des sites dont il est question dans sa théorie d’une antique civilisation ayant vécu 10 à 15 000 ans avant notre ère et qui aurait aussi construit le Sphinx et les Grandes Pyramides, lesquels auraient été récupérés ensuite par les Égyptiens. Or je sais, depuis mes études, que durant l’Antiquité, il est très coutumier de récupérer les monuments préexistants, de faire quelques travaux, d’y apposer son nom et de prétendre que « c’est moi qui l’ai fait » donc là encore, ces histoires tiennent la route. Et au moment où j’entame mes recherches, deux phénomènes viennent ajouter à mon trouble : comme le souligne d’ailleurs Collins dans son livre, les vampires reviennent à la mode (et le nombre de points communs entre les vampires et les Sîmorghs est assez hallucinante), comme si l’humanité aimait se repasser en boucle les mêmes histoires (après une période faste vampirique à la fin du XIXème siècle, puis de nouveau avec les Nosferatu au cinéma). Et un documentaire très intéressant Une vie après l’Homme est diffusé sur une chaîne du câble et explique comment notre brillante civilisation serait effacée de la surface de la planète, si nous disparaissions du jour au lendemain, en moins de 10 000 ans.
Du coup, l’hypothèse qu’une civilisation ait pu naître sur le continent antarctique, le fuir lors d’un dérèglement climatique majeur ou une toute autre catastrophe inimaginable, qu’ensuite les survivants ont été dispersés sur la planète pour aller répandre leur savoir chez des tribus plus archaïques ne me paraît définitivement pas si idiot. Regardez les dégâts que peut provoquer une bouteille de coca dans Les Dieux sont tombés sur la tête et le décalage entre des peuples vivant encore à l’âge de pierre quand nous, on envoie des hommes dans l’espace et ça rend encore plus cohérent la possibilité de cette coexistence étrange.
Une anecdote, en passant : je lisais le livre de Collins à un salon du livre de Creil, en attendant le chaland… pardon, le lecteur. Je lève les yeux, à un moment donné, et là, je reste stupéfaite : j’étais en train de lire la description d’un Veilleur (ou Sîmorgh, comme je préfère les appeler) et j’en vois une juste devant moi : une femme, très grande, si blonde que ses cheveux en paraissent blancs, les mêmes pommettes saillantes et les yeux en amandes. De quoi me laisser perplexe sur le moment. J’ai ri jaune en me disant tout bas : « Et s’ils étaient encore parmi nous. » Je pense que c’est là que j’ai mis le doigt dans l’engrenage.
Bon, et maintenant, que faire de toutes ces informations ? Monter une secte, devenir une gourou, piquer l’argent des adeptes en attendant le retour hypothétique des Sîmorghs ? Lancer un message sur la toile, dans le vide, qui dirait : « Je sais que vous êtes là, je vous attends » ? Monter un groupe de rock ? Écrire un livre ?
Vous imaginez bien que toute cette histoire fournit une matière tout de même assez dense pour écrire une histoire fantastique (dans tous les sens du terme), voire un scénario pour le cinéma plus fort que Twilight. À la télévision aussi, ça marche bien avec la mini (ou plutôt avortée) série Fallen qui passait au même moment (au secours, je suis cernée !).
Pour le scénario, comme je ne connais pas Spielberg, je décide de renoncer, me rabattant sur l’espoir que le roman serait adapté. J’établis donc un synopsis mais là, peine perdue, l’histoire m’échappe… Plus j’avance (j’ai écrit tout de même une trentaine de pages d’un roman appelé Viracocha 100% SF avec des réalités parallèles pour bien corser le tout) et plus je vois se déployer devant moi un « machin » redoutable.
Voilà pourquoi je décide finalement de me rabattre sur la nouvelle. Support à la fois frustrant par sa taille et sécurisante justement… par sa taille. Je suis obligée de choisir un angle de vue, d’attaquer directement par un personnage et de ne pas dévier sur les autres coïncidences troublantes que j’ai pu noter. Ainsi naît « Si c’est un ange » (recueil La Dryade) qui a l’immense avantage de commencer à s’écrire tout seul. Jusqu’au moment où, comme d’habitude, ça se corse, car l’intrigue déploie de ramifications, le personnage prend de l’épaisseur, il a des choses à nous raconter. La nouvelle fait plus de 50 000 signes, j’aurais pu encore prolonger, d’ailleurs, j’ai réécrit la fin trois fois au moins.
Mais voilà que prise au jeu, je développe le concept et rédige, en quelques semaines à peine (ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps), un premier épisode de presque 160 000 signes et qu’un deuxième se met en route juste derrière. Période de blocage (due aux impératifs de la « real life » comme on aime l’appeler entre geek), puis s’ouvre devant moi un intervalle me laissant suffisamment le temps de m’y remettre. Ainsi prend forme le second épisode, Isis, que vous découvrez à présent. Il sera suivi par deux autres titres : Nemrod et Prométhée. J’espère enchaîner rapidement sur une seconde saison, qui elle prendra pour témoin les « gars d’en face, » dont vous allez entendre parler d’ici. Pallas s’est déjà invitée dans la ronde. Après, je ne sais pas trop, j’avance souvent en aveugle dans les projets d’ampleur et c’est ce qui m’amuse.
En attendant, si mes Sîmorghs vous ont intrigué, je vous invite à consulter les quelques ouvrages ou sites que je donne en référence. C’est véritablement passionnant, mais prenez garde de ne pas mettre le doigt dans l’engrenage et surtout de conserver votre objectivité. Après tout, Collins part de suppositions, il ne peut rien vérifier, car ses principales sources sont, soit sous les glaces du continent antarctique, soit si anciennes qu’elles ont perdu leur sens à travers les époques successives.

Sur le site de Göbleki Tepe :
Dossiers d’Archéologie n° 281 (disponible sur www.dossiers-archeologie.com)
Sur le Sîmorgh, l’oiseau légendaire :
http://www.teheran.ir/spip.php?article242
Un extrait plus long du livre de Collins :
http://www.dgdiffusion.com/upload/105/600/4/0/9782914569378.pdf

Création de la semaine

Ouf, après une semaine bien chargée (formation le mardi, inspection le mercredi, oral d’Histoire des Arts pour mes 3Dp6 le jeudi), j’ai pu trouver un peu de temps hier, pour me détendre et créer cette illustration avec toujours mon logiciel fétiche Daz3D. J’ai craqué pour le dernier perso d’Addy, baptisée Syrah.