Feignasse de prof !

J’avais pourtant dire que je ne me laisserai plus aller à parler du boulot sur ce blog, mais là, je craque.

Jeudi, j’entends une nouvelle qui fait honteusement pendouiller ma mâchoire sur le parquet : Luc Chatel, notre bien-aimé ministre, annonce une augmenation des jeunes profs à 2000 euros brut en début de carrière (pour info, il faut retirer ensuite toutes les cotisations diverses et variées et vous tournez à 1750 euros net, au bas mot). Je me précipite sur mon pc, croyant à un cadeau du Père Noël et de lire sur le Monde que seuls les jeunots seront concernés par cette augmentation (faut dire qu’ils ne se bousculent pas aux portillons, trois candidats en MASTER 1 à l’IUFM de mon académie cette année).

Je peste donc contre le sort qui s’acharne et me contraint à assumer non pas 18, mais 23 heures par semaine cette année, pour pouvoir payer toutes les charges qui me tombent dessus (20 euros de plus par mois d’électricité par exemple, plus la taxe foncière mensualisée à 42 euros environ, plus le carburant, je vais y revenir). Et de lire le commentaire très intelligent d’un type qui se cache derrière un pseudo sous l’article du Monde sus-nommé et qui sous-entend, encore que les profs sont tous des feignasses.

OK, alors là, la coupe est plus que pleine. Je vous invite à lire d’ailleurs cet article de Marianne 2 et à m’en reparler après. Et je précise ceci. Ce weekend, je n’ai pas passé mon temps à glandouiller devant la tv et je n’assisterai pas non plus à la finale entre Tsonga et Federer. Ce matin, après avoir fait mon ménage (parce que oui, une prof, ça fait son ménage, ça n’a pas les moyens de se payer une femme de ménage chaque semaine, et son repassage, tant qu’à faire), j’ai mis au propre les notes que j’avais prises la veille en visionnant un dvd sur la prévention des troubles auditifs que m’a passé ma collègue documentaliste. On souhaite en effet sensibiliser les élèves qui écoutent leur « zik à donf » aux dangers auxquels ils s’exposent. La collègue voulant récupérer son dvd lundi, pour à son tour bosser dessus, j’ai dû donc me plonger dans le visionnage des différentes séquences, armée d’un stylo et de feuilles. Puis, ce matin, pour compléter mon questionnaire, recherches sur l’oreille et son anatomie (pour info, à la base, je suis prof de Français et d’Histoire-Géo, mais rien ne me fait peur). Cet après-midi, après une brève pause déjeuner qui ne prendra pas les allures d’un repas dominical en famille (parce que, soit dit en passant, l’EN a eu la gentillesse de m’exiler loin de celle-ci pour les besoins de la cause depuis bientôt 10 ans), je mettrai au propre un autre cours pour mes CAP sur une nouvelle que je voudrais étudier avec eux… la semaine du 5/12. Demain, en effet, je dois déposer les documents à la reprographie, si je veux les avoir à temps pour mon cours. Mardi, je ne suis pas là, je suis en formation avec l’inspecteur, car je fais partie d’un groupe de professeurs qu’on forme pour former ensuite les autres professeurs (et soit dit en passant, la semaine dernière, j’ai dû revoir un des cours que je pense présenter à l’inspecteur, pour m’assurer qu’il n’y avait pas de coquilles, ça  fait mauvais genre quand même pour une prof de Français). Pour me rendre sur le lieu de formation, je devrai aller faire le plein qui me sera généreusement remboursé, si j’ai de la chance, 23,70 euros (pour info, je pense en avoir facilement pour 55 euros et des poussières). C’est mon véhicule à moi que j’utilise, pas celui de l’entreprise, pour faire ces déplacements. Si je crève en route, ne croyez pas que l’EN prendra en charge le dépanneur et la réparation.

Alors oui, je sais, d’autres sont dans mon cas. Mais à l’heure où on nous reproche d’être devant nos élèves seulement 18 heures (23 pour moi, je le rappelle), je précise une chose : cela permet tout de même à l’EN de ne payer ni locaux pour abriter les bureaux des profs, ni l’électricité qui me permet de me chauffer et de faire fonctionner le pc et l’imprimante achetés à mes frais. L’EN ne me paie pas non plus les cartouches d’encre qui me permettent d’imprimer les documents amoureusement conçus pour mes cours, ni l’imprimante quand elle tombe en panne, ni le papier (et ça va vite, une rame de papier, croyez-moi). Il faut vous dire quand même que les profs pratiquent aussi le télétravail. La proviseur qui vous envoie un mail à propos des derniers documents reçus pour tel examen à faire passer et que vous devez lire pour ne pas passer pour une bûche, la note de l’inspecteur qui tombe et vous indique que vous allez galérer pour l’oral d’Histoire des Arts, la vidéo que vous regardez sur une œuvre de Rodin en vous demandant si vos élèves ont le niveau pour l’étudier en classe… (tout ça avec l’abonnement internet que vous payez avec la paye généreusement octroyée, voir l’article de Marianne 2), l’émission tv que vous enregistrez avec votre matériel pour le passer ensuite aux élèves et en tirer la substantive moëlle… Tout ça, l’EN l’économise. Je la vois bien nous payer tout le matos dont on a besoin, quand je n’ai même pas réussi à avoir un pc portable avec une carte son !

Alors la feignasse de prof, elle vous souhaite un bon dimanche. Elle va sortir la chienne qui s’impatiente, manger un bout et se remettre au boulot.

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